V. Le sein
« Salve, pectus reverendum,
cum tremore contigendum,
amoris domicilium.
Pectus mihi confer mundum
ardens, pium, gemebundum,
voluntatem abnegatam,
tibi semper conformatam,
juncta virtutum copia. »
« je te salue, sein vénérable,
qu’il faut toucher en tremblant,
demeure d’amour.
Modèle mon sein pour qu’il soit
ardent, pieux, compatissant,
dompte ma volonté
pour qu’elle se conforme à la tienne,
toi qui réunis abondance de vertus. »
V.1
Plus il court longtemps et plus il se meut avec une impression de lenteur qui pourrait faire songer à l’infini, à l’éternité, si ses pieds parvenaient à ne plus toucher du tout le sol. En glissant au-dessus du chemin, il ressent l’air chaud du soir où pointe par moment la fraîcheur nocturne et l’humidité du fleuve, le bleu pâle du ciel blanchi par le soleil couchant, les bruits des taillis qui bordent le chemin, les feuilles des saules blancs qui remuent lentement. Il sent tout cela au plus profond de son corps. Son torse nu inondé de sueur traverse l’espace. L’air sur sa peau hérisse et irise le bout de ses seins, les tétons durs comme le désir. Sous l’effet de la respiration, sa poitrine se gonfle et le renflement de ses pectoraux qui se dessinent par les mouvements qui se succèdent disent la vitesse avec laquelle il transperce la nuit.
V.2
Quand il rentre dans le soir, après avoir épuisé son corps, expirer son dernier souffle chaud, quand il est sous la douche, qu’il ferme les yeux très fort et s’imagine tout contre l’autre, quand l’eau coule sur son corps, glisse autour des seins, caresse la peau, il est parcouru d’un frémissement, saisi par l’effroi et figé par un plaisir insaisissable.
V.3
L’ai chaud affole les sens. Son esprit ne touche plus le sol et son désir survol ses envies et les mêle à la tentation de celles qui tendent vers lui leur extrême tentatives d’épanchement. Cela glisse au-dessus du chemin, au-dedans l’ombre du tunnel végétal et cela perce dans son corps oublieux dans sa course, fait surgir le moment et le lieu où il est. Comme on assène des flèches à un corps extatique qui semble dans une adoration sans borne et ne plus savoir démêler la souffrance du plaisir, il est frappé de toute part par bien des sensations qui impriment en tout son être leurs morsures.
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