IV. Le flanc
« […] latus salvatoris,
in quo latet mel dulcoris,
in quo petet vis amoris,
ex quo scatet fons »
« […]flanc salvateur,
là se cache un miel de douceur,
là se dresse la vigueur de l’amour,
de là jaillit la fontaine »
[…]
« meus flatus
intret […] tuum latus,
hinc expirans in te vadat,
[…] apud te permaneat. »
« que mon souffle
pénètre […] ton flanc,
qu’en s’exhalant de ma bouche il passe en toi,
[…] pour continuer en toi. »
IV.1
Il arrive que dans le plein du jour il souhaite brûler vif et court dire avec son corps ce qu’il ne dit pas avec les mots. Alors sa main va sans tremblement aucun qui trouble son tracé ou l’accidente. Sans chercher de détour, elle ouvre à la surface des espaces nouveaux et les doigts sur la peau sont autant de signes d’un langage à l’état de désir.
A quelques jours de l’été, les corps se découvrent, s’allègent, quittent, et cherchent un nuage dans le ciel, un regard dans la foule auquel s’arrimer et s’offrir.
Seul, dans ce jardin, au milieu des arbustes à baies, il éprouve la tentation du vide. Il regarde le jour qui se lève et prend possession du ciel. Il regarde jusqu’à ne plus pouvoir accepter cette retenue, et voudrait toucher jusqu’au frémissement le plus profond de l’être avec l’envie de mordre dans la chair. Ce désir gonflé par les jours et les nuits, les pensées suspendues par l’automne et l’hiver, ranime plus fortement encore la volonté d’être parcouru dans son corps qui appelle.
IV.2
Parce que ce corps, il y a des siècles comme il y a des jours, pose la question de savoir ce dont il est capable.
Sa rencontre témoignait du besoin de convoquer son altérité, de pouvoir lire dans l’autre ses propres désirs, les étaler avec le sang qu’il avait versé.
Il a pris à l’autre ce qui le révèle. Il ne cherche rien qui le rassure. Il aime les couleurs élémentaires, les terres arides et les ciels sans demies-teintes.
IV.3
Avec l’envie insupportable de morde dans la chair. Il la pénètre du doigt. C’est doux, légèrement granuleux, chaud, odorant, délicieux.
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