VIII. Triomphe final
« personne, personne ne doit désespérer »
« c’est lui qui fait mouvoir le monde »
« La flèche est brisée ! »
VIII.1
L’autre, il le rencontre. Il avance encore et la silhouette à quelques mètres devant lui devient un homme. Et c’est alors que dans une même position de son pied gauche et de son regard, il ralentie jusqu’à feindre l’immobilité pour que celui qui vient vers lui s’approche avec des intentions et que la sauvagerie naturelle éclate et ne laisse aucune chance aux « patientes inventions de l’ombre ».
Ses yeux accoutumés à l’ombre reconnaissent, après avoir touché avec le revers de la main le tissu qui l’enserre, le désir de celui qui provoque son immobilité. Il ne bouge plus. Comme pris dans les fils d’une toile d’araignée tendue entre les saules blancs et les peupliers d’Italie qui bordent le chemin. Pendant longtemps il redoute beaucoup le fruit de sa victoire. Il aimait vaincre mais ne goûtait pas encore aux plaisirs de la bataille, aux passes d’armes des regards. Il n’appréciait dans ce combat que le moment où il percevait sa victoire de manière inexorable.
VIII.2
Même s’il n’arrivait rien de cette course, s’il ne croisait point l’autre le long de ce chemin, il y aurait cette lumière du soir tout autour, ces arbustes de bas-côtés de part et d’autre, ce ciel au-dessus de lui, ce corps tendu, cet apprentissage du souffle, cet épuisement bénéfique pour apprendre à mourir.
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